Librement inspiré de Jiro Taniguchi
Mise en scène de Dorian Rossel.
Résumé, photos et dossier de presse sur http://www.equinoxe-lagrandescene.com/Quartier.html
Note d'intention (extraite du dossier d'information d'Equinoxe)
Un temps en suspension.
Nous voulons raconter l’histoire d’un homme qui passe à côté de son existence sans
s’en apercevoir. Un jour, pour une raison qui le dépasse, il se retrouve face à sa propre
histoire. De façon non spectaculaire, dans la plongée de sa mémoire, il touche à
l’émotion de son enfance. Nous désirons évoquer comment son passé le rattrape un
jour, au détour de rien, au coin d’une rue. Comment, sous une impulsion incontrôlée, il
est poussé à aller au-devant de lui-même. Il ne se passe rien, si ce n’est le récit d’une
transformation et d’une réconciliation intérieure. Une lente dérive des sentiments et des
événements ordinaires qui modifie imperceptiblement ce que nous sommes.
Les personnages de Taniguchi font régulièrement cette expérience de la brèche, de
l’entre-deux. Au détour de micro-événements, la visite d’une exposition, un voyage en
train ou un tour de manège, ils sont happés par leur propre vécu et pénètrent dans le
temps dilaté du souvenir. S’ouvre alors à eux la possibilité d’un retour en arrière, à
travers les liens d’interdépendance propres aux attaches familiales. Par une subtile mise
en tension entre un cadre quotidien et la résurgence d’émotions enfouies, Taniguchi
plonge le lecteur dans un monde de la tendresse, de la protection et de la confiance
mutuelle. Qui ne vont pas sans leurs corollaires, l’abandon, la perte, la nostalgie, la
mort. Un univers de pleins et de vides, d’intimité et de prise de conscience.
Selon l’écrivain japonais Yoshihawa, les récits de Taniguchi se caractérisent par une
notion quasi désuète aujourd’hui : la gentillesse. Loin de tout scepticisme, être gentil,
pour lui, n’est pas péjoratif, c’est au contraire oser se montrer bienveillant.
Envers les autres, envers la nature, envers soi-même. Il y a de la provocation dans ce
regard altruiste, situé dans les marges du système productiviste. Un espace ouvert à la
rêverie et à la contemplation.
Nous ne reproduisons pas fidèlement le langage de Taniguchi, mais voulons capter
l’esprit de son oeuvre, la qualité de son geste. La transposition à partir d’un récit non
théâtral oblige à questionner la spécificité de chaque art. Passer d’une bande
dessinée à la scène implique de réfléchir au rapport entre le texte et l’image dans le 9e
art, et donc entre le texte et les autres modes d’expression scéniques. Pour adapter
cette bande dessinée, nous n’optons donc pas pour un traitement réaliste, mais
affirmons la théâtralité. L’illusion de la fiction est déjouée : c’est bien un groupe
d’acteurs qui s’empare de cette histoire, en endossant des rôles multiples, et qui
entraîne le spectateur dans l’univers délicat de Taniguchi.
Carine Corajoud, dramaturge de la Compagnie STT
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